Au Pays des Pardons : La Bretagne à genoux – Journal des Editions Rémanence

Au Pays des Pardons : La Bretagne à genoux – Journal des Editions Rémanence

 

Critiques littéraires Editions Rémanence


Il est des livres qui sentent l'encens, la bruyère et l'eau salée. Au Pays des Pardons est de ceux-là. Anatole Le Braz, le grand barde de la "Légende de la Mort", se fait ici le chroniqueur de la Vie, mais de la vie surnaturelle. Publié à la fin du XIXe siècle, cet ouvrage est bien plus qu'un guide touristique : c'est le missel de l'âme bretonne. À une époque où nos sociétés modernes tentent d'effacer le sacré pour le remplacer par le confort matériel, relire Le Braz est un pèlerinage nécessaire vers l'essentiel.

Aux Éditions Rémanence, nous aimons ce texte parce qu'il nous rappelle que la France est une terre de Chrétienté, marquée dans sa chair et ses paysages par des siècles de prière.

Plus qu'une fête : une pénitence

Le touriste de passage ne voit souvent dans le "Pardon" qu'une fête colorée, une occasion de sortir les costumes de velours et les coiffes de dentelle. Le Braz, lui, voit le cœur battant du rituel. Il nous explique que le Pardon n'est pas une foire, mais une démarche pénitentielle. C'est le peuple tout entier qui se met en marche pour expier, pour demander, pour remercier.

Que ce soit à Rumengol pour le "Pardon des Chanteurs", à Saint-Jean-du-Doigt pour le "Pardon du Feu" ou à la Troménie de Locronan pour le "Pardon de la Montagne", l'auteur décrit une foi rugueuse, solide comme le granit. Il n'y a pas ici de mièvrerie. Les Bretons parlent à Dieu comme on parle à un père sévère mais juste. Ils marchent pieds nus, ils veillent la nuit dans les sanctuaires, ils mêlent leurs voix au fracas de l'Océan. C'est une foi incarnée, physique, totale, qui ferait rougir notre tiédeur contemporaine.

Les Saints, ces voisins de l'Invisible

L'ouvrage est structuré autour des grands saints protecteurs de l'Armorique. Mais sous la plume de Le Braz, Saint Yves, le patron des avocats et des pauvres, ou Sainte Anne, la "grand-mère des Bretons", ne sont pas des statues de plâtre lointaines. Ils sont vivants. Ils font partie de la famille.

Le Braz saisit avec génie cette familiarité respectueuse entre le paysan et le Saint. Dans cette terre de brumes, la frontière entre le monde des vivants et celui de l'au-delà est plus fine qu'ailleurs. Le culte des morts y est omniprésent, non comme une obsession morbide, mais comme la certitude que ceux qui nous ont précédés veillent encore. Le Pardon est le moment où cette communion des saints devient tangible. C'est l'affirmation magnifique que la mort n'est pas une fin, mais un passage, et que la fidélité aux aïeux est la première des vertus.

Une leçon de résistance spirituelle

Pourquoi lire *Au Pays des Pardons* aujourd'hui ? Parce que ce livre est un antidote à l'amnésie spirituelle. Il nous montre une société organisée non pas autour de l'économie ou du plaisir, mais autour du clocher. Il décrit une harmonie perdue entre l'homme, la nature et le Créateur.

Dans ses descriptions lyriques des foules immenses agenouillées dans la lande, Le Braz capture un instant d'éternité. Il nous montre la beauté d'un peuple qui sait s'agenouiller. C'est une lecture qui élève, qui purifie et qui donne envie, à notre tour, de retrouver le chemin des vieilles chapelles oubliées pour y rallumer la flamme.


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Signé : Jules Gatrocque, rédacteur chez Editions Rémanence.

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