Jules Payot : La victoire sur soi-même – Journal des Editions Rémanence
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Critiques littéraires Editions Rémanence
Il est des livres qui devraient être mis entre les mains de tout étudiant, de tout écrivain, de tout homme cherchant à élever son esprit, avant même qu'il n'ouvre son premier manuel. Le Travail intellectuel et la volonté est de ceux-là. Publié à une époque où l'on croyait encore à la vertus de l'effort, Jules Payot y démonte avec une précision chirurgicale le mécanisme de nos échecs. Car l'échec intellectuel a rarement pour cause la bêtise ; il a presque toujours pour cause la lâcheté de la volonté.
Aux Éditions Rémanence, nous republions ce chef-d'œuvre parce qu'il est l'antidote parfait à la maladie de notre siècle : la distraction permanente. À l'heure du numérique qui fragmente notre attention, la voix austère et bienveillante de Payot nous rappelle une vérité éternelle : rien de grand ne se fait sans une rigoureuse discipline intérieure.
L'intelligence ne suffit pas
La première leçon de Payot est une leçon d'humilité pour les "doués". Il s'attaque au mythe du talent inné. Combien d'esprits brillants ont fini dans la médiocrité, faute de caractère ? L'auteur nous enseigne que l'intelligence est un outil, mais que la volonté est la main qui le guide. Sans la volonté, l'intelligence est comme un moteur qui tournerait à vide.
Dans une perspective traditionnelle, on pourrait dire que Payot lutte contre la dissipation, ce péché de l'esprit qui refuse de se fixer. Il nous montre que le travail intellectuel est une ascèse. Ce n'est pas un jeu, c'est un devoir d'état. Celui qui a reçu des talents a l'obligation morale de les faire fructifier, et cela demande de la sueur. Il n'y a pas de raccourci vers le savoir véritable.

Anatomie de la paresse
Ce qui rend ce livre si précieux, c'est que Payot ne se contente pas de nous dire "travaillez !". Il nous explique pourquoi nous ne travaillons pas. Il analyse la paresse non comme un simple défaut, mais comme une pesanteur naturelle. C'est la "loi du moindre effort" qui régit la matière.
L'homme, laissé à ses instincts, glisse naturellement vers la facilité, le divertissement, la rêverie stérile. S'élever demande une énergie constante contre cette gravité. Payot démasque les ruses de notre inconscient pour éviter la tâche : la fausse fatigue, le besoin de rangement soudain, la procrastination déguisée en préparation. Il nous apprend à nous méfier de nous-mêmes, de cette "vieille nature" qui rechigne devant l'effort.
L'hygiène de la volonté
Mais Payot est un optimiste : la volonté, nous dit-il, s'éduque comme un muscle. Il propose une véritable "hygiène" de l'esprit. Il faut commencer petit, par des victoires modestes mais régulières. Il faut créer des habitudes qui, peu à peu, rendent l'effort moins douloureux.
Il insiste, et c'est là une touche très profonde, sur la nécessité de la méditation. Non pas la méditation vague, mais la réflexion calme sur nos buts. Pour vouloir fort, il faut savoir pourquoi on veut. Il invite le travailleur intellectuel à se retirer du bruit du monde pour fortifier sa résolution dans le silence. C'est une vision quasi monastique de l'étude : la cellule (le bureau) est le lieu où l'on se forge une âme.
Lire Jules Payot aujourd'hui, c'est accepter de reprendre le commandement de sa propre vie. C'est refuser d'être le jouet de ses humeurs pour devenir le capitaine de son esprit. C'est un livre viril, fortifiant, qui donne envie de se mettre au travail immédiatement, non par contrainte, mais par amour de la liberté intérieure.
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Signé : Jules Gatrocque, rédacteur chez Editions Rémanence.