Paul Bourget : Le médecin de l’âme française – Journal des Editions Rémanence
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Critiques littéraires Editions Rémanence
Il faut du courage pour lire Paul Bourget aujourd'hui. Non que son style soit difficile — il est d'une clarté cristalline — mais parce qu'il nous tend un miroir insupportable. Là où notre époque exalte l'individu roi, le droit au plaisir et la rupture avec le passé, Bourget répond par trois mots qui claquent comme une sentence : Responsabilité, Tradition, Ordre. Dans ce recueil magistral, Nouvelles pages de critique et de doctrine, l'académicien déploie toute la puissance de son analyse pour démonter, pièce par pièce, la mécanique du désastre moderne.
Aux Éditions Rémanence, nous considérons Bourget comme un prophète mal-aimé. On lui a pardonné ses romans psychologiques, mais on ne lui a jamais pardonné sa conversion intellectuelle et religieuse. Pourtant, c'est là que réside son génie : avoir compris, par la seule force de la raison et de l'observation, que la Foi n'est pas une option sentimentale, mais une nécessité vitale pour la survie d'une nation.
La faillite du Scientisme et l'appel de la Croix
Bourget vient de loin. Jeune, il fut imprégné de positivisme, croyant que la Science allait tout résoudre. Ce livre est le témoignage d'un revenu. Il a vu que la science sans conscience, la science qui nie l'âme, ne produit que des monstres (thème qu'il avait immortalisé dans Le Disciple). Pour Bourget, la société est un organisme vivant, pas une machine.
Comme un médecin au chevet d'un malade, il observe les symptômes de la France républicaine : affaissement de la famille, dénatalité, perte du sens de l'honneur, corruption politique. Son diagnostic est sans appel : la France se meurt parce qu'elle a coupé ses racines chrétiennes. Il ne prêche pas le catholicisme seulement parce qu'il est "vrai" théologiquement, mais parce qu'il est socialement indispensable. Seule l'Église, avec sa sagesse millénaire, sait canaliser les passions humaines qui, laissées à elles-mêmes, détruisent tout.
La responsabilité écrasante de l'écrivain
L'un des thèmes majeurs de ces Pages est la critique littéraire vue sous l'angle moral. Bourget s'oppose violemment à la théorie de "l'Art pour l'Art". Pour lui, un écrivain est responsable des âmes qu'il trouble. Quand un romancier flatte les bas instincts ou justifie le désespoir, il commet un crime plus grave que l'assassinat, car il tue l'espérance.
Il analyse les œuvres de ses contemporains (George Sand, Taine, Renan) avec une acuité redoutable, montrant comment le romantisme et le dilettantisme ont empoisonné la jeunesse française en lui donnant le goût du néant. À l'inverse, il célèbre la littérature qui construit, qui fortifie, celle qui accepte les lois éternelles de la nature humaine au lieu de se révolter stérilement contre elles.

Le retour aux "Lois nécessaires"
Ce que Bourget nomme "Doctrine", c'est le réalisme politique. Il rejoint ici la pensée de Bonald et de Maistre. Il rappelle que la famille, et non l'individu, est la cellule de base de la société. Il défend la propriété, l'héritage, et la hiérarchie comme des conditions sine qua non de la liberté réelle.
Lire Paul Bourget au XXIe siècle est une expérience de détoxification mentale. Il nous apprend à nous méfier des mots creux ("Progrès", "Émancipation") pour regarder les réalités en face. C'est la pensée d'un homme qui a cessé de rêver le monde pour commencer à le comprendre, et qui a trouvé, au bout de sa réflexion, la porte d'une église ouverte. Une lecture d'une haute tenue intellectuelle et spirituelle.
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Signé : Jules Gatrocque, rédacteur chez Editions Rémanence.