Rivarol : Le génie de la langue française – Journal des Editions Rémanence

Rivarol : Le génie de la langue française – Journal des Editions Rémanence

 

Critiques littéraires Editions Rémanence


Il est des livres qui scintillent comme des diamants taillés à l'ancienne : avec des arêtes vives, une pureté absolue et une capacité à réfracter la lumière qui éblouit encore, deux siècles plus tard. Le Discours sur l’universalité de la langue française est de ceux-là. En 1784, l'Europe parle français. Les cours, les diplomates, les écrivains de Berlin à Moscou ne jurent que par la langue de Voltaire. L'Académie de Berlin lance alors un concours avec une question faussement naïve : « Qu'est-ce qui a rendu la langue française universelle ? »

Un jeune homme de trente et un ans, Antoine de Rivarol, s'empare de la plume. Ce qu'il rédige n'est pas une thèse universitaire poussiéreuse. C'est un pamphlet brillant, une charge de cavalerie légère, un monument d'intelligence et, disons-le, d'une magnifique arrogance française.

La tyrannie bienveillante de la Clarté

La thèse centrale de Rivarol tient en une formule devenue proverbiale, souvent citée, rarement comprise dans toute sa profondeur : « Ce qui n'est pas clair n'est pas français. »

Pour Rivarol, le génie du français ne réside pas dans sa richesse poétique (il concède que l'italien ou l'anglais peuvent être plus chantants ou plus audacieux), mais dans sa probité. C'est la langue de la logique pure. Contrairement aux langues anciennes ou germaniques qui peuvent suspendre le sens jusqu'à la fin de la phrase par des inversions labyrinthiques, le français marche droit. Sujet, verbe, complément.

Il écrit avec cette superbe : « La syntaxe française est incorruptible. C’est de là que résulte cette admirable clarté, base éternelle de notre langue. Ce qui n’est pas clair n’est pas français ; ce qui n’est pas clair est encore anglais, italien, grec ou latin. » Relire ces lignes aujourd'hui, aux Éditions Rémanence, c'est se rappeler que notre langue est une architecture de l'esprit. Elle force à penser droit. Elle ne permet pas le flou artistique. Elle est, par essence, l'ennemie du mensonge par omission.

Le tournoi des nations

Ce qui rend la lecture de ce Discours si jubilatoire, c'est aussi la manière dont Rivarol "habille" nos voisins européens. Avec une mauvaise foi délicieuse et un esprit mordant, il passe en revue les concurrents du français. L'Allemand ? Une langue trop rude, trop complexe, où l'on attend le verbe comme une délivrance tardive. L'Italien ? Trop mou, trop musical, fait pour la séduction plus que pour la raison. L'Espagnol ? Trop pompeux. L'Anglais ? Trop obscur et isolé.

Bien sûr, la linguistique moderne trouverait à redire à ces jugements à l'emporte-pièce. Mais l'intérêt n'est pas scientifique, il est littéraire et philosophique. Rivarol nous parle d'une époque où la France ne dominait pas par les armes ou l'économie, mais par la séduction de son intelligence. Il décrit une "monarchie de l'esprit" où la conversation était le plus haut des beaux-arts.

Pourquoi lire Rivarol au XXIe siècle ?

On pourrait croire ce texte périmé. Il n'en est rien. À une époque où le langage s'affaisse, où l'on communique par onomatopées, par sigles et par un "globish" utilitaire sans âme, Rivarol agit comme un révélateur. Il nous rappelle que la langue est un instrument de pouvoir et de liberté.

Maîtriser le français de Rivarol, c'est refuser la confusion. C'est exiger de soi-même et des autres une précision qui est la politesse de l'intelligence. Son style est une leçon en soi : pas un mot de trop, des images frappantes, un rythme qui claque comme une bannière au vent.

Aux Éditions Rémanence, nous rééditons ce texte non par nostalgie d'un empire perdu, mais par amour d'une exigence toujours vivante. Lire le Discours, c'est redécouvrir pourquoi nous aimons cette langue : non parce qu'elle est la nôtre, mais parce qu'elle est, selon le mot de l'auteur, la langue de la raison humaine devenue sociale.


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