François Baucher : Le cheval sous l'empire de la Raison – Journal des Editions Rémanence
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Critiques littéraires Editions Rémanence
Il y a deux manières de concevoir le monde et, par extension, l'équitation. La première est romantique, naturaliste : elle laisse faire les choses, elle flatte l'instinct, elle s'adapte au désordre de la nature. La seconde est classique, latine, catholique : elle croit que la nature, blessée, a besoin d'être redressée par la grâce et l'effort, et que l'esprit doit régner en maître absolu sur la matière. François Baucher est le prophète incontesté de cette seconde voie. Avec son Dressage méthodique du cheval de selle, il n'a pas écrit un manuel de sport, mais un traité de philosophie en action.
Aux Éditions Rémanence, nous republions ce monument parce qu'il est une leçon de tenue. À une époque où l'on prône le "sans contrainte" et l'équitation éthologique qui met le cheval et l'homme sur un pied d'égalité, Baucher nous rappelle une vérité impopulaire mais fondatrice : la hiérarchie est la condition de l'harmonie.
La fin de l'empirisme : l'avènement de la Science
Avant Baucher, on montait souvent "au sentiment". Le génie de cet homme fut de rationaliser le mouvement. Il a décomposé la mécanique équine avec la précision d'un horloger. Sa méthode est une guerre déclarée aux résistances physiques de l'animal. Le cheval, par nature, est sur les épaules, lourd, dominé par ses instincts de fuite ou de défense. Le but du cavalier est d'opérer une conversion totale, de transférer le poids vers l'arrière-main, de créer un "second équilibre" purement artificiel, mais infiniment plus beau que le naturel.
Pour y parvenir, Baucher ne demande pas, il exige. Mais il exige avec intelligence. Tout passe par la fameuse "cession de mâchoire". C'est la clef de voûte de son système : tant que la bouche résiste, le corps entier est contracté. Obtenir cette décontraction par la "main savante" n'est pas une brutalité, c'est l'ouverture d'un dialogue où l'homme dicte la grammaire.

L'effet d'ensemble : l'annulation des forces contraires
Le sommet de son art réside dans ce qu'il nomme l'"effet d'ensemble". C'est le moment magique où le cavalier, par l'action combinée des mains et des jambes, immobilise le cheval dans une tension vibrante, annulant toutes les forces impulsives pour ne garder que l'énergie pure, prête à jaillir. Le cheval ne bouge plus, mais il est prêt à tout.
Il y a là une dimension spirituelle évidente pour qui sait lire entre les lignes. C'est l'image de l'âme qui maîtrise ses passions. Le cheval bauchériste est un ascète : il a renoncé à ses caprices, à ses peurs, à ses mouvements désordonnés pour devenir l'instrument docile de la pensée de son cavalier. C'est la victoire de l'ordre sur le chaos. « Je veux que le cheval craigne ma jambe plus que l'éperon, et ma main plus que le mors », disait-il. Ce n'est pas de la cruauté, c'est de l'autorité morale.
Une leçon pour le monde moderne
Pourquoi lire ce traité technique au XXIe siècle ? Parce que nous avons perdu le sens de la verticalité. Baucher nous enseigne que la légèreté ne s'obtient pas par le relâchement, mais par la rigueur extrême. Son cheval est "léger à la main" parce qu'il est parfaitement soumis et équilibré.
C'est un livre dur, exigeant, qui ne tolère pas l'à-peu-près. Il fâche les partisans de la facilité. Mais pour celui qui cherche la perfection, pour celui qui croit que l'homme a reçu de Dieu la mission de gouverner la Création avec sagesse et fermeté, Baucher reste le maître absolu. Il a fait du cheval un trône pour l'intelligence humaine.
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Signé : Jules Gatrocque, rédacteur chez Editions Rémanence.