Hygiène de l'âme : La santé est un devoir – Journal des Editions Rémanence

Hygiène de l'âme : La santé est un devoir – Journal des Editions Rémanence

 

Critiques littéraires Editions Rémanence


Nous vivons une époque étrange où la médecine a fait des progrès prodigieux pour soigner les corps, mais où les âmes n'ont jamais semblé si malades. Dépression, anxiété, "burn-out"... les mots modernes pour dire le mal de vivre saturent notre quotidien. C'est pour répondre à cette détresse, qui n'est pas nouvelle, que nous republions aux Éditions Rémanence un petit chef-d'œuvre de sagesse viennoise : Hygiène de l'âme (Diätetik der Seele) du Baron Ernst von Feuchtersleben.

Publié en 1838, ce livre fut le livre de chevet de l'Europe cultivée. Pourquoi ? Parce qu'il remet l'endroit à l'endroit. Là où le matérialisme naissant commençait à dire que l'homme est esclave de ses nerfs et de sa digestion, Feuchtersleben affirme haut et fort la royauté de l'Esprit.

La Volonté comme médecine

La thèse centrale de l'ouvrage est d'une tonicité incroyable. L'auteur, médecin et philosophe, ne nie pas l'influence du corps sur l'esprit. Mais il s'intéresse surtout à l'inverse : la puissance de l'âme sur le corps. Pour Feuchtersleben, la santé n'est pas un dû, c'est une conquête. C'est un acte moral.

Il dénonce avec une ironie fine cette complaisance dans la douleur, cette "coquetterie de la souffrance" si chère aux romantiques de son temps (et aux nôtres !). Il nous dit : vous êtes tristes ? Vous êtes fatigués ? C'est peut-être que votre volonté a démissionné. Il prescrit la distraction, l'activité, et surtout l'ordre intérieur. C'est une pensée stoïcienne christianisée : nous ne choisissons pas toujours nos maux, mais nous choisissons l'attitude que nous avons face à eux. En refusant de s'écouter trop, on guérit déjà à moitié.

Contre la mollesse moderne

Ce livre résonne particulièrement pour le lecteur attaché à la Tradition. Feuchtersleben est un homme d'ordre. Il voit dans l'anarchie des passions la source de la maladie. L'homme sain est celui qui a établi une hiérarchie en lui-même : la raison éclaire, la volonté commande, et le corps obéit.

Il critique la "mollesse" de l'éducation qui, en voulant protéger l'enfant de tout effort, en fait un futur névrosé incapable d'affronter la réalité. Il prône une "diététique" de l'imagination : il faut nourrir son esprit de beau, de vrai, de grand, et rejeter les pensées sombres comme on rejette un aliment avarié. C'est une véritable hygiène spirituelle. Là où la psychologie moderne a tendance à excuser la faute par le traumatisme, Feuchtersleben appelle au redressement par la vertu.

La joie est une prière

Enfin, il y a dans ces pages une apologie magnifique de la bonne humeur. Pour le Baron, la tristesse habituelle est une forme d'athéisme pratique, un refus de la Providence. La sérénité (l'Heiterkeit) est le signe d'une âme qui est en accord avec la Création.

Lire Hygiène de l'âme aujourd'hui, c'est recevoir une gifle salutaire. C'est arrêter de se regarder le nombril pour regarder le Ciel. C'est comprendre que la véritable guérison commence quand on accepte de ne plus être le centre du monde, mais un serviteur joyeux de la vie. Un livre qui ne se contente pas de consoler, mais qui fortifie.


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Signé : Jules Gatrocque, rédacteur chez Editions Rémanence.

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