La Cité antique : Le pouvoir des morts – Journal des Editions Rémanence

La Cité antique : Le pouvoir des morts – Journal des Editions Rémanence

 

Critiques littéraires Editions Rémanence


C'est sans doute le livre d'histoire le plus important écrit au XIXe siècle, et paradoxalement le plus actuel pour qui veut comprendre la structure profonde des sociétés humaines. Publié en 1864, La Cité antique de Numa Denis Fustel de Coulanges n'est pas une simple compilation de faits romains ou grecs. C'est une enquête policière intellectuelle, une archéologie de l'esprit. Son but ? Nous guérir de l'erreur la plus commune : croire que les hommes de l'Antiquité pensaient comme nous.

L'illusion de la liberté antique

On nous parle souvent de la démocratie athénienne ou de la république romaine comme des modèles de liberté civique. Fustel de Coulanges balaie cette vision romantique. Pour lui, l'homme antique n'était pas libre ; il était totalement asservi. Mais asservi à quoi ? Ni à un tyran, ni à une constitution écrite, mais à une force bien plus terrible et omniprésente : la religion domestique.

La thèse centrale du livre est vertigineuse : la cité antique n'a pas été fondée par contrat social, mais par la crainte et le culte des morts. Chaque maison abritait un dieu, le foyer. Chaque famille était une église. Le père de famille n'était pas seulement un parent, il était le grand prêtre, le seul intermédiaire entre sa lignée et les ancêtres enterrés sous le seuil. C'est cette religion des morts qui a dicté le droit de propriété, l'héritage, le mariage et l'autorité paternelle absolue.

De l'autel domestique à la Cité-État

Ce qui rend la lecture de cet ouvrage si fascinante aux Éditions Rémanence, c'est la logique implacable avec laquelle l'auteur démontre l'expansion de ce principe. Comment passe-t-on du culte familial à la Ville ? Par agrégation. Les familles s'unissent en curies, les curies en tribus, les tribus en Cité (Civitas).

Mais attention : la Cité n'est pas un lieu géographique (l'Urbs), c'est une association religieuse. On ne pouvait être citoyen que si l'on partageait le culte des dieux de la ville. L'exil n'était pas un déplacement, c'était une excommunication, une mort spirituelle. Fustel nous montre que la loi antique n'avait rien à voir avec la justice naturelle ; elle était une formule sacrée, immuable, révélée par les pontifes.

La révolution des consciences

La seconde partie du livre analyse la lente et douloureuse dissolution de ce système. Comment la philosophie grecque, puis le droit romain et enfin le Christianisme, ont brisé le moule de la religion familiale pour inventer l'individu. Fustel explique magistralement comment nous sommes passés d'un monde où l'État et la Religion étaient confondus à un monde où la conscience individuelle a pu émerger.

Lire La Cité antique aujourd'hui est une hygiène mentale. C'est comprendre que nos institutions modernes (le mariage civil, le testament, la propriété) sont les lointains résidus de croyances oubliées. Le style de Fustel est d'une clarté cristalline, avançant preuve après preuve, texte après texte, pour reconstruire sous nos yeux l'architecture invisible du monde ancien.


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Signé : Jules Gatrocque, rédacteur chez Editions Rémanence.

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