La Guerre des Gaules : Le glaive et la plume – Journal des Editions Rémanence

La Guerre des Gaules : Le glaive et la plume – Journal des Editions Rémanence

 

Critiques littéraires Editions Rémanence


Il est de bon ton de détester Jules César quand on a souffert sur les bancs de l'école à traduire ses phrases interminables. C'est une erreur tragique. Car si l'on dépoussière le texte de sa gangue académique, ce qui surgit des pages de La Guerre des Gaules (De bello Gallico), c'est l'un des plus grands chefs-d'œuvre de la communication politique de tous les temps. Ce n'est pas un livre d'Histoire écrit après coup ; c'est l'Histoire qui s'écrit pendant qu'elle se fait, dans la boue des campements et le sang des batailles.

Le génie de la troisième personne

Le coup de maître de César, c'est ce fameux "Il". César ne dit jamais "Je". Il écrit : « César décida de... », « César ordonna que... ». Par cet artifice rhétorique, il feint l'objectivité absolue. Il se place au-dessus de la mêlée, comme une divinité ou une force du destin qui observe les événements avec détachement.

Cette fausse modestie est en réalité une arrogance suprême. En transformant ses propres actions en faits historiques incontestables, il impose sa vision au Sénat romain et à la postérité. Le style est à l'avenant : lapidaire, rapide, efficace. C'est le style de l'action pure. Pas d'adjectifs inutiles, pas d'états d'âme. On avance, on construit, on frappe. C'est la Celeritas (la rapidité) césarienne faite texte.

L'ingénieur et l'ethnographe

Ce qui fascine à la relecture, aux Éditions Rémanence, c'est la dimension "totale" du récit. César n'est pas qu'un sabreur. C'est un ingénieur capable de faire construire un pont sur le Rhin en dix jours juste pour effrayer les Germains — une prouesse technique qu'il décrit avec une minutie d'architecte. C'est aussi un ethnographe curieux.

C'est grâce à lui que nous connaissons (bien que de manière biaisée) les mœurs gauloises, le pouvoir des druides, les assemblées nocturnes ou les étranges animaux de la forêt hercynienne. Même s'il écrit pour justifier ses massacres et ses annexions, il ne peut s'empêcher d'admirer la bravoure de cet "Autre" qu'il est venu asservir. Le regard est froid, certes, mais il est d'une acuité terrifiante.

Le duel des titans : Alésia

Le point d'orgue de l'œuvre reste, bien entendu, l'affrontement avec Vercingétorix. C'est là que le livre prend des allures d'épopée homérique. César décrit l'encerclement d'Alésia, ces doubles lignes de fortifications monstrueuses qui affament les assiégés tout en repoussant les armées de secours. La tension est palpable à chaque ligne.

C'est le choc de deux mondes : la furie désordonnée et héroïque des tribus celtes contre la machine de guerre implacable et géométrique de Rome. La reddition du chef arverne, jetant ses armes aux pieds du proconsul, est une image que César a gravée dans l'imaginaire collectif pour l'éternité.

Pourquoi lire César aujourd'hui ?

Lire La Guerre des Gaules aujourd'hui, c'est comprendre les mécanismes de la propagande. C'est voir comment un homme peut façonner le réel par les mots. Mais c'est aussi, tout simplement, lire un immense écrivain. Cicéron lui-même, pourtant critique politique de César, avouait que ses commentaires étaient « nus, droits et gracieux, dépouillés de toute parure oratoire comme d'un vêtement ». Une leçon de style et de puissance.


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Signé : Jules Gatrocque, rédacteur chez Editions Rémanence.

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