Le Latin mystique : La langue de feu de l'Église – Journal des Editions Rémanence
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Critiques littéraires Editions Rémanence
Il est une idée reçue, tenace et stupide, que nous ont léguée les humanistes de la Renaissance : le Moyen Âge serait une nuit d'ignorance et son latin, une langue bâtarde et corrompue. Contre ce mensonge historique, Remy de Gourmont a dressé, en 1892, la plus éclatante des forteresses : Le Latin mystique. Ce livre est un éblouissement. Il nous révèle que loin d'être une décadence, le latin chrétien fut une résurrection.
Aux Éditions Rémanence, nous tenons cet ouvrage pour essentiel. Il nous rappelle que la beauté de la liturgie catholique ne vient pas de sa conformité aux règles de Cicéron, mais de la brûlure de sa Foi. C'est le livre de la revanche du Cœur sur la Grammaire.
Quand le marbre devient chair
La thèse de Gourmont est magnifique : le latin classique, celui de l'Empire romain, était une langue de juristes, de soldats et de rhéteurs. C'était une langue de marbre, parfaite, froide, faite pour graver des lois et ordonner des légions. Mais quand le Christianisme a inondé l'Europe, ce marbre a dû se briser pour laisser passer la vie.
L'âme chrétienne, inquiète de son salut, pleurant ses péchés et chantant l'amour de Dieu, ne pouvait se satisfaire de la métrique rigide des Anciens. Elle a donc inventé une nouvelle musique. Gourmont nous montre comment les hymnes de Saint Ambroise, de Prudence ou de Saint Thomas d'Aquin ont introduit la rime et l'accent tonique. Ce n'était pas une maladresse, c'était une nécessité mystique. La rime est le battement de cœur de la prière. Le latin s'est fait chair, il est devenu tendre, terrible, coloré. Il a quitté le Forum pour entrer dans la Cathédrale.

L'Antiphonaire de l'Invisible
Ce livre est une promenade savante et parfumée à travers les siècles de foi. Gourmont y catalogue les joyaux de la poésie liturgique comme un orfèvre aligne ses pierres précieuses. Il nous fait relire le Dies Irae, ce cri de terreur sacrée qui fait trembler les vitraux ; le Stabat Mater, cette plainte de la Mère au pied de la Croix qui a fait pleurer des générations de fidèles ; ou encore les hymnes joyeux à la Vierge Marie.
Pour le lecteur catholique traditionnel, c'est une source inépuisable de méditation. On y retrouve les racines de notre sensibilité religieuse, celles que les réformes liturgiques modernes, dans leur sécheresse vernaculaire, ont souvent coupées. Gourmont nous prouve que ces textes ne sont pas de la "littérature", mais des actes d'adoration pure. Ils ont été écrits souvent par des anonymes, des moines obscurs qui ne cherchaient pas la gloire littéraire, mais la gloire de Dieu.
Le Symbolisme comme clef du monde
Enfin, Gourmont, grand maître du Symbolisme, nous initie à la lecture spirituelle du monde. Pour le poète du "Latin mystique", la nature entière est un livre écrit par Dieu. La rose, le lys, la pierre précieuse, le bestiaire fantastique : tout parle du Christ ou du Démon.
Lire Le Latin mystique aujourd'hui, c'est réapprendre à voir le monde avec les yeux de la Foi. C'est refuser le désenchantement matérialiste pour retrouver la forêt de symboles qui nous entoure. C'est un livre d'une érudition folle, mais d'une érudition qui ne dessèche pas ; elle enivre. Une lecture indispensable pour quiconque veut comprendre pourquoi le latin restera à jamais la langue maternelle de l'Occident chrétien.
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Signé : Jules Gatrocque, rédacteur chez Editions Rémanence.