Littré : L'architecte de la langue française – Journal des Editions Rémanence

Littré : L'architecte de la langue française – Journal des Editions Rémanence

 

Critiques littéraires Editions Rémanence


Il est des œuvres qui dépassent l'entendement humain par leur ampleur. Le Dictionnaire de la langue française d'Émile Littré est de celles-là. Mais derrière les quatre volumes massifs qui trônent dans les bibliothèques, il y a une aventure humaine, un calvaire intellectuel et une épopée de la volonté que l'auteur raconte dans ce petit livre fascinant : Comment j'ai fait mon dictionnaire.

Aux Éditions Rémanence, nous tenons à saluer ce monument. Car si Littré fut longtemps l'apôtre du positivisme et de la science sans Dieu, son œuvre philologique est, paradoxalement, l'un des plus beaux hommages rendus à la tradition chrétienne et monarchique de la France, dont il a sauvé les mots de l'oubli.

Un bénédictin de la science

Ce qui frappe à la lecture de ce récit, c'est la discipline monacale de l'auteur. Littré n'est pas un dandy littéraire ; c'est un ouvrier. Il décrit ses journées avec une simplicité désarmante : lever à 8 heures, travail de rédaction jusqu'à 3 heures du matin, à la lueur de la lampe, année après année, sans vacances, sans dimanches. Sa "cellule" est son bureau, sa prière est l'étymologie.

Il y a quelque chose d'héroïque et de profondément touchant dans cette abnégation. Littré s'est fait le serviteur humble de la langue. Il a renoncé au monde pour mieux le comprendre. Cette vertu de constance, cette capacité à sacrifier l'instant présent pour une œuvre qui nous dépasse, est une leçon magistrale pour notre époque du zapping et de l'effort minimum.

L'Histoire comme fondement du sens

La grande révolution du Littré, c'est la méthode historique. Contrairement à l'Académie qui fixait le "bon usage" du moment, Littré veut montrer comment le mot est né et comment il a grandi. Il plonge dans le vieux français, dans les chartes médiévales, et surtout dans le Grand Siècle de Louis XIV.

En agissant ainsi, il reconnecte la France avec ses racines. Il prouve que la langue n'est pas une invention arbitraire, mais un organisme vivant, irrigué par des siècles de civilisation. En citant abondamment Bossuet, Fénelon, Pascal ou Saint Simon, ce républicain libre-penseur a fait plus pour la conservation de l'esprit classique et catholique que bien des dévots de son temps. Il a compris que couper la langue de son histoire, c'est la tuer.

La réconciliation finale

On ne peut lire ce livre sans penser à la fin de la vie de Littré. Cet homme qui a passé sa vie à chercher la vérité dans les définitions et la science finira, sur son lit de mort, par demander le baptême, rejoignant ainsi la foi de sa femme et de sa fille qui priaient pour lui.

C'est comme si, à force de scruter le Logos (le Verbe), il avait fini par entrevoir Celui qui en est la Source. Son dictionnaire est une cathédrale de papier ; il ne lui manquait que la clef de voûte, qu'il a fini par trouver. Lire Comment j'ai fait mon dictionnaire, c'est lire le témoignage d'une probité intellectuelle absolue, celle d'un homme qui a servi la vérité avec une telle rectitude qu'elle l'a conduit, par les chemins détournés de la grammaire, au seuil du Mystère.


👉 Découvrez notre édition de Comment j'ai fait mon dictionnaire – Émile Littré

Signé : Jules Gatrocque, rédacteur chez Editions Rémanence.

Retour au blog

Laisser un commentaire