Tocqueville : Le mythe de la rupture révolutionnaire – Journal des Editions Rémanence

Tocqueville : Le mythe de la rupture révolutionnaire – Journal des Editions Rémanence

 

Critiques littéraires Editions Rémanence


Vingt ans après avoir disséqué la démocratie américaine, Alexis de Tocqueville se tourne vers les archives de son propre pays pour tenter de résoudre une énigme : pourquoi la Révolution, qui promettait la liberté, a-t-elle accouché de la Terreur et du despotisme impérial ? Publié en 1856, L'Ancien Régime et la Révolution reste, à ce jour, l'analyse la plus profonde jamais écrite sur notre histoire nationale. Loin des hagiographies républicaines et des lamentations stériles, Tocqueville met à nu la mécanique implacable de l'État français.

Aux Éditions Rémanence, nous considérons ce livre comme le bréviaire de tout esprit libre. Il nous apprend que la tyrannie ne naît pas du chaos, mais de l'excès d'ordre, et que la haine du passé est souvent le plus sûr moyen de répéter ses erreurs.

La continuité du "Monstre Froid"

La thèse centrale du livre est un coup de maître intellectuel. Tocqueville démontre que la Révolution française n'a pas été une rupture avec l'Ancien Régime, mais son aboutissement logique et terrifiant. Ce ne sont pas les révolutionnaires qui ont inventé la centralisation administrative, c'est la Monarchie absolue.

Depuis Richelieu et Louis XIV, le pouvoir royal s'était acharné à détruire méthodiquement toutes les libertés locales, les parlements provinciaux et l'indépendance de la noblesse. Le Roi voulait être le seul maître. En nivelant la société, en transformant les nobles en courtisans inutiles et les bourgeois en fonctionnaires, la Monarchie a préparé le terrain à l'égalitarisme révolutionnaire. Quand 1789 éclate, l'édifice est déjà prêt : il suffisait de couper la tête du souverain pour mettre à sa place une entité abstraite et bien plus vorace : l'État-Nation.

 

La destruction des protections naturelles

C'est ici que la lecture "traditionnelle" de Tocqueville prend tout son sens tragique. Il pleure la disparition des "corps intermédiaires". Dans l'ancienne France, l'individu n'était jamais seul face au pouvoir : il était protégé par sa paroisse, sa corporation, sa province ou son seigneur. Certes, c'était un monde inégalitaire, mais c'était un monde organique où le pouvoir central était limité par des coutumes et des contre-pouvoirs.

La Révolution, au nom d'une égalité abstraite, a balayé ces remparts. Elle a laissé les Français semblables, égaux, mais isolés et faibles face à une administration gigantesque. Tocqueville écrit cette phrase terrible : « Qui a détruit l'aristocratie a ouvert la porte à la tyrannie. » En voulant tout rationaliser, on a détruit le lien social charnel pour le remplacer par la froideur de la Loi et du Bureau.

Une religion sans Dieu

Enfin, Tocqueville est l'un des premiers à comprendre la nature religieuse de la Révolution. En s'attaquant à l'Église catholique, les révolutionnaires n'ont pas cherché à libérer les esprits, mais à transférer la sacralité du Ciel vers la Terre. La Révolution est devenue une nouvelle foi, avec ses dogmes, ses apôtres et ses martyrs.

Mais cette "religion politique", privée de la transcendance et de la charité chrétienne, ne pouvait mener qu'au fanatisme. Les "hommes de lettres" (les philosophes des Lumières), que Tocqueville critique pour leur méconnaissance totale de la réalité pratique, ont voulu reconstruire la société sur des plans géométriques, oubliant que l'homme a une âme et une histoire. Ils ont cru pouvoir faire table rase du passé ; ils n'ont fait que bâtir une prison sur ses ruines.

Lire L'Ancien Régime et la Révolution aujourd'hui, c'est comprendre pourquoi la France est encore ce pays étrange, passionné d'égalité mais toujours prêt à se livrer à un homme providentiel ou à une bureaucratie tatillonne. C'est le livre de notre destin.


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Signé : Jules Gatrocque, rédacteur chez Editions Rémanence.

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